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Filmer avec son appareil photo

Version originale : 02/11/2020

Filmer avec un appareil photo, qu’il soit de type hybride ou reflex n’est plus une utopie.
Les appareils actuels cumulent avec bonheur l’image fixe et l’image animée. De quoi susciter de nouvelles vocations !


Deux mondes qui fusionnent
Il est désormais révolu le temps où les photographes regardaient les vidéastes en chiens de faïence. Les deux univers ont désormais mêlé leurs destins créant de nouvelles opportunités de narration pour les faiseurs d’images capables de renoncer à leurs orthodoxies. Les fabricants sont à l’origine de cette petite révolution de palais et en particulier Nikon, qui lors de la sortie du Nikon D90, avait initié un slogan publicitaire percutant « Souriez, vous êtes filmés ! » pour annoncer le mode vidéo de son nouveau reflex. C’est ensuite Canon avec la sortie de l’EOS 5D mark II dans la gamme des reflex plein format qui a popularisé le fait de tourner ses films avec un reflex. Au point qu’en 2011, le réalisateur Cédric Klapisch tentait l’aventure en filmant la plupart des scènes de son film « Ma part du gâteau » avec un EOS 1D Mark IV. Depuis l’eau a coulé sous les ponts, et la tendance s’est muée en un véritable attribut dans les fiches techniques qui caractérisent les appareils récemment sortis, comme le dernier Panasonic Lumix S5, les Canon EOS R5/R6, les Nikon Z6/Z7 ou encore le Sony Alpha 7S III et A7c. Profitant de l’avènement du format 4K, le mode vidéo de nos chers appareils photo est devenu autant un enjeu marketing que technique pour le plus grand bonheur des utilisateurs qui peuvent désormais profiter de progrès spectaculaires dans ce domaine et de la très haute définition.
Illustration : PANASONIC LUMIX S5 + 20-60 mm F/3.5-5.6
Un revirement
Il est vrai que dans cette mutation rapide, l’appareil photo a fait valoir de nombreux atouts face à des productions réalisées avec de grosses caméras. En premier lieu, son encombrement et sa modularité rendent désormais l’organisation d’un tournage bien plus aisé et économique qu’avant. Désormais un simple boîtier, tenu parfois à mains levées, et on est capable de tourner une séquence en très haute définition (4K voire 8K avec l’EOS R5) tout en bénéficiant de fonctions dites « slow motion » pour réaliser des super ralenti (jusqu’à 200 im/s). Cette mobilité a permis de filmer à la première personne (le fameux style « run and gun ») avec une grande facilité. De fait de nombreux vidéastes s’essaient avec enthousiasme à cette réalisation pêchue et qui offre des plans très singuliers. En second lieu, la sensibilité des capteurs, si elle restreint la durée d’enregistrement (généralement 30 minutes sauf si vous utiliser un enregistreur externe via le port HDMI de l’appareil), permet grâce à ses aptitudes en hautes sensibilités de tourner dans des ambiances crépusculaires, en basse lumière. Ils sont aidés en cela par l’étendue de l’offre optique inhérente à ces produits qui permet de choisir selon la nature des plans et des profondeurs de champ que l’on veut obtenir, de créer des effets de flous créatifs qui sont l’apanage des objectifs ultra-lumineux. Un objectif dont l’ouverture est très grande (f/1.2 à f.2.8) monté sur un appareil plein format fait merveille dans ce cas de figure. La profondeur de champ étant très faible, il est assez aisé de simuler le départ d’une personne dans un plan en le laissant sortir de cette dernière pour devenir flou. L’effet est garanti et digne de certaines réalisations cinématographiques. Attention toutefois à ajuster la mise au point car la zone de netteté, très étroite, n’autorise aucune approximation dans ce cas de figure. Cet effet est également très utilisé par les réalisateurs pour faire entrer un personnage dans une histoire sans le révéler brutalement au téléspectateur. En s’inspirant de ses aînés, n’importe quel possesseur d’appareil photo qui aura choisi ce type de configuration peut s’essayer à reproduire de tels effets. Dans la mise en œuvre de leurs capacités de tournage, les appareils photo comptent indéniablement un sérieux avantage et surtout une compétitivité économique qui est impossible dans le cinéma. Ainsi le fameux champ / contre champ est bien plus facile à envisager de ce point de vue grâce à deux appareils.
Illustration : CANON EOS R6 + RF 24-105 mm F/4-7.1 IS STM
« Quelque soit sa taille le capteur a une incidence sur la profondeur de champ  »

Des systèmes stabilisés
Fort de leur compacité et de leur agilité sur le terrain, les appareils photo sont aussi aidés par des fonctionnalités techniques qui sont une aide précieuse pour le néophyte comme le réalisateur confirmé. Si souvent le mode manuel est retenu pour filmer afin de garder un contrôle total sur les paramètres de prise de vue (sensibilité, exposition, etc), les plus récents appareils offrent désormais un autofocus continu sur le sujet plus efficace et plus fiable qu’aux débuts. Parmi elles, la stabilisation n’est pas anodine. Dans certains boîtiers, elle intervient directement et mécaniquement sur le capteur et parfois sur 5 axes permettant d’amortir et de juguler d’éventuels tremblements pour éviter les flous de bougé surtout si on a choisi de tourner à mains levées sans trépied. C’est diablement efficace et d’autant plus judicieux qu’elle peut se cumuler à la stabilisation (optique) des objectifs quand ces derniers en sont pourvus. Sur le terrain cela permet d’oser des plans originaux (au ras du sol, un travelling, etc…) sans avoir recours à un trépied lourd et encombrant ou un rail de tournage (slider) qui d’ordinaire aurait été indispensable pour réussir de telles séquences. Attention néanmoins au son parasite du système de stabilisation surtout si vous utilisez le microphone interne de l’appareil. Imperceptible au moment du tournage, il se révèle en post-production et il n’est pas toujours aisé de l’éliminer. Cette facilité est également accentuée par le recours à un écran, qu’on préférera orientable en tout sens (sur rotule de préférence) plutôt qu’inclinable pour un meilleur confort de contrôle du cadre, de la lumière et du focus. D’autant que si cet écran est bien défini et dispose d’une interface tactile, il sera confortable d’ajuster la mise au point, l’horizon ou encore l’exposition (Zébra) grâce à cet appendice précieux et du bout des doigts. Certains appareils proposent ainsi une fonction très appréciable, le Focus Peaking, qui permet de matérialiser le sujet ou les éléments nets dans le cadre. Sous ce contrôle visuel il sera possible d’ajuster la mise au point du bout des doigts grâce à l’écran tactile. De même que le Zébra vous permettra d’identifier les zones surexposées de votre plan et d’ajuster l’exposition en conséquence. Attention tous les appareils ne proposent pas ces fonctions très connues dans le milieu de la vidéo. D’une manière générale les appareils hybrides dépourvus de miroirs sont plutôt à l’aise avec la vidéo. L’autofocus en LiveView se montre bien plus performant que sur les reflex qui nécessitent souvent de tourner en mode manuel avec la dextérité qu’un tel mode requiert ou bien d’utiliser l’hyperfocale pour bénéficier de la plus grande zone de netteté possible pour garder le focus. Surtout lorsqu’on utilise une longue focale et qu’il vous faut suivre le sujet en zoomant. Cela demande dextérité et fluidité. Toutefois il serait inconvenant de penser que ce bon vieux trépied est devenu obsolète de ce fait. Il rend encore de grand service et permet une qualité de plans notamment sur les mouvements panoramiques à condition d’avoir une excellente rotule vidéo. En effet sa stabilité est un gage d’une meilleure fluidité et d’une parfaite horizontalité pour tourner des plans panoramiques toujours très délicats à exécuter à mains levées, sans tremblements.
Illustration : Stabilisateur DJI RONIN RS2
Un bon son...
C’est le parent pauvre en vidéo. Et les micros internes des appareils sont de piètre qualité pour pouvoir vous garantir un son de qualité en toutes circonstances. C’est la raison pour laquelle on ne vous conseillera jamais assez de faire l’acquisition d’un microphone externe de qualité et/ou d’un enregistreur dédié pour capter un son à la hauteur des plans que vous avez mis des heures à préparer et à tourner. Des modèles sont d’ailleurs disponibles sur le marché et offre une compacité assez intéressante. Ils se fixent sur la griffe porte-flash de votre appareil et se branchent sur la prise micro de l’appareil. Son apport sera d’autant plus précieux si l’appareil dispose d’une fonction vumètre qui permet de mesurer la saturation et d’ajuster sa volumétrie pour avoir un son équilibré. Ce que fait parfaitement un enregistreur externe qui dispose de fonctions spécifiques pour gérer son volume. À titre d’exemple citons le modèle F1. Il s’agit d’un enregistreur dédié à la prise vidéo avec un reflex ou appareil hybride. Ce boîtier, solide, dispose de deux pistes (dont une stéréo).Il permet un réglage de gain automatique, un limiteur efficient et un filtre passe-haut qui assure un enregistrement spontané et de qualité des sons. Le F1 est proposé en deux packages. Le F1-SP comprend un micro de type canon, la suspension et le câble audio pour e brancher à votre appareil. Le F1-SP est quant à lui livré avec un micro cravate (idéal pour les interviews) et un clip de ceinture.
Illustration : Microphone RODE VIDEOMIC PRO +
Et de la mémoire...
La vidéo surtout si vous optez pour le standard 4K requiert que vous vous équipiez de cartes mémoires rapides et qui offrent un stockage conséquent (128 Go est un minimum). Ainsi les cartes mémoires les plus rapides tant en vitesse d’écriture que de lecture sont fortement recommandées d’autant que certains appareils comme le Panasonic S5 sont dorénavant capables d’enregistrer un flux 4K non compressé directement sur la carte mémoire sans passer par un enregistreur externe de type Atomos qui était alors indispensable pour obtenir cette qualité et une durée d’enregistrement illimitée. De même il est fortement recommandé de s’équiper de filtres photo ND pour pouvoir compenser les différences de contraste sur une scène. Sans ce précieux outil vous risquez d’avoir toutes les peines du monde à équilibrer vos plans en pleine journée par exemple. De fait tout bon vidéaste qui se respecte sera équipé d’un ou deux filtres de différentes graduations pour parer aux situations les plus courantes. De même, il vous faudra disposer d’une petite torche LED dans votre sac photo qui se montre toujours précieuse pour filmer une interview en intérieur afin d’équilibrer la prise et d’éclairer correctement la personne que vous interrogez. Fort de ces premiers conseils il ne vous reste plus qu’à vous lancer dans l’aventure de votre première réalisation car la vidéo est une écriture différente mais passionnante, et très complémentaire de la photographie.
Illustration : Carte mémoire SCANDISK XQD CFexpress 64GB
Mini abécédaire
Zébra
Comme son nom l’indique, cette fonction se matérialise à l’écran par des rayures. Selon l’intensité choisie, celles-ci désignent les zones surexposées. Il faut alors agir sur les réglages (ouverture, sensibilité ou vitesse) pour réduire leur présence et obtenir une exposition équilibrée. Certains appareils, comme le GH5, permettent d’avoir un affichage monochrome, même en filmant en couleur, pour mieux évaluer l’exposition avec le Zebra.
Focus peaking
Cette fonction sert à la fois en photo et en vidéo, lorsqu’on privilégie la mise au point manuelle. En visée électronique, un liseré coloré surlignera le sujet ou les éléments qui apparaîtront nets. Plus on ferme le diaphragme, plus la profondeur de champ augmente, et plus le focus peaking apparaît, en rouge, blanc ou jaune, selon le boîtier, avec plus ou moins d’intensité (à régler dans les menus).
Vumètre
Sur les appareils photo qui en sont pourvus, cet indicateur, matérialisé par deux jauges (généralement L et R avec un micro stéréo), indique en décibels, le niveau sonore capté par le micro interne, ou celui connecté à la prise dédiée. Même si cela reste moins fiable qu’un enregistreur dédié au son, cela permet de se prémunir d’une saturation éventuelle, pendant l’enregistrement, en évitant les zones rouges.
Slow Motion
Vous connaissez sûrement la cadence de 24 im/s, préconisée pour un long-métrage. Ou bien 25 et 50 im/s, préconisées pour le tournage d’un documentaire ou d’un événement sportif. Il existe aussi, sur certains boîtiers, la possibilité de tourner en slow motion, à des cadences allant au-delà de 200 im/s. L’intérêt ? Obtenir des ralentis fluides. Plus le nombre d’images assemblées est élevé, plus le ralenti sera spectaculaire.
Time-lapse
On parle aussi d’intervallomètre. Cette fonction permet d’assembler un nombre de vues (généralement jusqu’à 9999) à intervalles réguliers. Une fois assemblée, la séquence peut alors être accélérée ou ralentie et suggère le temps passé. Particulièrement efficace sur un ciel nuageux, un carrefour grouillant de monde ou un coucher de soleil, par exemple. Il existe sur certains modèles un mode time-lapse vidéo, au format 16/9, sans possibilité de récupérer chaque image.

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